1978 - Naissance de la S.N.P.M.

Ce fut dans une ambiance de protestation et même de révolte que plaisanciers et professionnels exprimèrent leur volonté d'union et de propositions pour la constitution d'une association nouvelle appelée S.N.P.M. (Société Nautique de la Petite Mer) forte de 70 adhérents à l'origine pour atteindre un effectif de plusieurs centaines en quelques semaines.

Le 19 juillet 1978, à l'établissement de Saint-Elme nommé La Rascasse, une assemblée générale adopta les statuts définitifs après avoir élu comme Président Gilbert Marro bien connu de nos concitoyens.

Gilbert Marro (sériole de 7,500 kg)

Le 28 septembre de la même année, l'association adhérait à la Fédération varoise de sociétés nautiques.

Indiquons ici rapidement que la S.N.P.M. se fixa un triple but :

- assurer la défense des droits et des intérêts des pêcheurs plaisanciers et professionnels,

- encourager le goût de la mer et de la navigation de plaisance,

- soutenir la solidarité des gens de mer.

Nous n'entrerons pas ici dans le détail de toutes les revendications et des interventions de tous les responsables à tous les niveaux. Brièvement un projet de port de 800 places fut établi, qui serait soumis incessamment à la discussion de la Municipalité, de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Var (C.C.I.) ; la Direction Départementale de l'Equipement (D.D.E.), les services financiers du département, les affaires maritimes.

Unanimement, les participants approuvèrent les propositions des dirigeants de la Société nautique et donnèrent leur accord au Maire de La Seyne, Maurice Blanc, pour solliciter une intervention de sa part au niveau ministériel.

On peut considérer qu'à partir de ce moment-là l'idée de la création d'un port est née. De l'idée à la réalisation, on n'imaginait pas alors l'ampleur des difficultés. Deux décennies ont passé et le port véritable en reste toujours au stade de la gestation.

Les complexités administratives se sont accumulées, les palabres se sont multipliées et de tous les aspects financiers, techniques, politiques, rien de concret ne sortit de toutes les discussions engagées par des organismes apparemment opérationnels.

Dès l'abord on ne savait même pas quel était le propriétaire des terrains et qui devait en assurer la gestion.

Les revendications des plaisanciers pour l'essentiel pouvaient être satisfaites à bref délai : enlèvement des ordures, installation de poubelles, aménagement d'un plan incliné pour mettre les bateaux au sec, construction d'un quai de 15 mètres vers les plus grands fonds permettant l'accès d'une grue sur roue pour mettre en terre les plus gros bateaux.

Le dragage des bassins laissés par les comblements s'ajouterait à ceux qui se posaient en permanence à Saint-Mandrier, Saint-Elme, Le Manteau.

De toutes les revendications soumises à la Chambre de Commerce et d'Industrie, seules furent retenues l'aménagement d'un plan de halage, le nettoyage des terrains de comblement et l'élargissement du goulet de communication du plan d'eau presque fermé.

Tout cela était bien peu en comparaison des taxes payées par les plaisanciers, taxes dont on envisageait l'augmentation pour les années 79-80.

Les modestes revendications des petits plaisanciers de la mer ne passionnaient guère les autorités maritimes du plus haut niveau, ni les affairistes à la recherche de profits juteux.

Les dirigeants de la Société nautique avaient bien conscience du danger mais, sans se laisser abattre, son Conseil d'administration composé de gens dévoués et efficaces réalisa par ses propres moyens ce que les autorités maritimes n'avaient pas su ou voulu faire en faveur des plaisanciers.

Après le dallage du plan de halage, l'installation d'un treuil puissant, ce fut l'érection d'un siège en préfabriqués avec bar, salle de réunions, bibliothèque, atelier, dépendances pour le dépôt de matériel. Grâce au concours de la Municipalité de l'époque qui fournit des poteaux et des tuyaux l'électricité et l'eau vinrent compléter ces structures. Toutes ces réalisations furent autorisées à titre précaire et révocable suivant l'expression administrative.

Toutes ces améliorations permirent à la Société de prospérer. Aussi en quelques mois le nombre des adhérents atteignit plusieurs centaines.

Dans cette période, la Direction Départementale de l'Equipement et la Chambre de Commerce et d'Industrie du Var présentèrent un projet de grand port qui accueillerait 900 plaisanciers. Que deviendrait la S.N.P.M. dans ce vaste projet ? Les plus grands dangers la menaçaient.

Aussi avec beaucoup de ténacité, elle lutta dans toutes ses interventions et à tous les niveaux pour que le futur port prenne un caractère social.

Sur ce point, elle fut en accord complet avec la Municipalité qui oeuvrait dans le même esprit.

En 1982, il sembla bien que les autorités maritimes aient alors admis ce principe, car le projet de port attendu impatiemment sera inscrit au schéma des loisirs nautiques du littoral et sera un port de plaisance sociale.

Se posa alors le problème de la construction. Qui prendrait la direction des opérations ? Mais d'abord fallait-il savoir qui aurait la concession des endigages après l'échec du projet des Marinas. Arrêtons-là, pour l'instant ce problème épineux qui souleva maintes polémiques sur lesquelles nous reviendrons dans la période du siècle finissant qui verra peut-être se réaliser le rêve des centaines de plaisanciers de la petite mer.

En attendant la solution de ces problèmes qui durait depuis vingt ans, les occupants de l'isthme, les pêcheurs, les touristes, les promeneurs connurent une autre forme d'agression et non des moindres : celle des campeurs itinérants appelés pudiquement les gens du voyage et que le langage populaire désigne par un vocabulaire moins distingué comme les romanichels, les caracous, les bohémiens. Avec un peu moins de mépris, on les appelait aussi les nomades.

Le vaste terrain de comblements, malgré les dépôts d'ordures de plus en plus prospères, convenait parfaitement à leurs roulottes souvent très confortables. Les nomades forains dont les enfants plus ou moins obéissants causaient des dégâts sur les embarcations en l'absence de leurs propriétaires. Ces gens-là ne respectaient pas toujours les règlements en vigueur sur la durée des stationnements autorisés, pas plus qu'ils ne s'inquiétaient de l'évacuation de leurs ordures.

On devine dans quel état se trouvaient les terrains occupés pendant plusieurs jours sans contrôle d'aucune sorte.

Des garnements allèrent même jusqu'à détacher des embarcations et les pousser sur les plans d'eau au gré des vents. Des jeunes filles loqueteuses attendaient vers midi les pêcheurs à leurs appontements et les suppliaient de leur donner quelques poissons pour leur repas. Certains pris de pitié offraient ce qu'ils pouvaient et les quémandeuses n'étaient pas toujours satisfaites.

Les habitants du Bali suivaient les faits et gestes de la marmaille déchaînée, derrière les stores de leurs fenêtres et tenaient bien verrouillées leurs portes. Autrement dit, l'arrivée parfois massive des caravaniers ne contribuait pas à créer une ambiance agréable dans les quartiers de l'isthme. Et le déversement des ordures ménagères se poursuivit pendant des mois avant que les protestations de la S.N.P.M. ne soient entendues. Et pourtant il s'agissait bien de la propriété et de l'hygiène publiques !

À ces désagréments s'en ajoutaient d'autres : les épaves coulées ou à demi submergées sur le pourtour des terre-pleins ou dans les bassins à usage de port n'offraient pas non plus aux regards des plaisanciers et des promeneurs un spectacle attrayant. L'administration maritime pas plus que la C.C.I. ne s'inquiétaient de ces inconvénients.

Il fallut beaucoup de patience et de ténacité aux dirigeants de la Société nautique pour voir un commencement d'exécution à leurs demandes pressantes.

Pour l'instant attardons-nous à parler des bateaux. Des grands bateaux que l'on voyait sortir de la rade, depuis l'isthme des Sablettes et aussi des petits bateaux dont le nombre se chiffre maintenant par milliers dans la Baie du Lazaret.

 

Extrait du récit de Marius Autran.

Texte complet ici :

http://marius.autran.pagesperso-orange.fr/oeuvres/tome6/chapitre_4.html